
Vendredi Saint. Levees de bonne heure le matin, nous nous dirigeons hativement vers le terminal "El Paso Santiago" pour prendre un bus a 8h, direction Santa Maria. Une heure apres nous ne sommes toujours pas parties ... Ici, les gens n'ont pas l'air presses, ils rentrent dans le bus poser leurs bagages, ils ressortent tranquillement faire leurs petites courses. A travers la vitre du bus nous assistons a un vrai spectacle de vie quotidienne ; la mamita qui vend ses petits pains, el caballero et son panier de fromage, une expedition en bicyclette qui se prepare difficilement, un gars au look d'aventurier qui ne tient pas en place en roulant des mecaniques. Tout en le regardant faire ses allees et venues, un pressentiment s'installe : ce mec la, il va venir nous aborder. Deux minutes plus tard, l'aventurier et ses accolytes s'asseoient sur les sieges juste devant nous. Petit clin d'oeil, il nous dit avec sa voix de baryton : "¡ Hola chicas !"... Enfin, le bus part. Mais une demie-heure apres, il s'arrete de nouveau pour une pause dejeuner. A cette occasion nous sympathisons avec l'aventurier, Jose, un homme tres gentil, serviable et tres interessant a ecouter. Anthropologue, il travaille dans la region et nous renseigne sur les retombees des decisions politiques dans les villages des cuencas (vallees). Le bus repart, mais un quart d'heure plus tard, nouvel arret ; Chloe, malade, a vomi. On l'autorise a rester a l'avant du bus a cote du chauffeur. Arrives a Ollantaytambo, Jose defie les regards menacants et impatients des passagers et se precipite dans une boutique pour lui acheter un medicament miracle a macher. Nous repartons de nouveau. Nous prenons de l'altitude, la brume se leve et la pluie se met a tomber. La route accidentee et glissante n'est pas plus large que le bus, d'un cote le flanc de la falaise et ses risques d'eboulement, de l'autre le precipice. A chaque virage, le coeur se souleve, les mains s'aggrippent aux accoudoirs, les yeux se ferment.
Justement, un peu plus loin sur la droite, un eboulement de pierre bloque la route et contraint notre bus a s'arreter en attendant l'arrivee des machines a deblayer. On arrive a passer mais nous ne sommes toujours pas au bout de nos peines. En effet, une riviere a deborde formant un puissant torrent qui coupe la route pour se jeter dans le ravin. Devant nous, un camion s'y est embourbe. Il faut un bon moment pour le degager. Dans notre bus, tous les passagers, nous compris, sommes scotches le long de la vitre cotes gauche tant la scene est saisissante. Le chauffeur de notre bus ne reculant devant rien met le moteur en marche et s'apprete a son tour a franchir la riviere debordante, a notre grande surprise. En une fraction de seconde, tous les passagers regagnent leur siege dans le silence, les yeux ecarquilles et retiennent leur souffle. "Ca va passer, ca va passer, ca va passer ... Ouf ! C'est moi le roi de la route ..." Dans le meme genre, nous traversons a plusieurs reprises d'autres rivieres, moins larges cependant. Aux abords des premieres maisons, notre bus s'arrete encore une fois pour laisser passer une procession religieuse ... Normal, Vendredi Saint.
Nous arrivons a Santa Maria avec 3h30 de retard. Par chance, nous attrappons le dernier collectivo pour Santa Teresa. Et c'est reparti pour un tour ! Mais cette fois dans le noir, la nuit est deja tombee. Avec nous Mickael, les mains dans les poches, un jeune de Lima avec qui nous sympathisons et une mamita chargee d'enormes paquets de foin, que l'on est limite oblige de prendre sur nos genoux. Dans le microbus, elle nous offre de l'Inca Kola (soda de couleur jaune fluo, emblematique du Perou) que l'on essaie tant bien que mal de boire sans en renverser sur nous. Deux heures de collectivo sur une route encore plus cahoteuse. On commence a avoir les fesses toutes endolories. A peine arrivees a Santa Teresa, Paul, 16 ans, nous tombe dessus pour nous proposer une chambre en auberge. C'est 8 soles, il est tard, nous sommes fatiguees, nous le suivons sans chercher ailleurs. A part les fourmis geantes, la chambre est assez confortable. Notre nouvel ami nous conseil un petit resto ou l'on mange tres bien : chupe, tortillas, arroz con papas, mate. Le lendemain, de nouveau un bus pour la fameuse centrale hydroelectrique. Le seul hic, c'est qu'il ne part pas tant qu'il n'est pas plein. Nous avons attendu deux heures a la terrasse du petit restaurant de la veille, a apprendre le francais au serveur.
Le trajet pour nous rendre la-bas, c'est 45 minutes de tape-cul. Heureusement pour nous, un nouveau pont a ete inaugure 15 jours plus tot nous evitant de prendre la tyrolienne pour traverser la riviere, l'Urubamba - quoique cela aurait ete marrant a faire. A la centrale hydroelectrique, les touristes doivent se presenter a un poste de controle. Sur le registre, un cerain Jean-Paul Belmondo est passe par la quelques jours avant ... Puis nous entamons une longue marche difficile le long de la voie ferree jusqu'a Aguas Calientes a travers la foret luxuriante. Il fait chaud et humide. Nous sommes attaquees par des petits insectes. En contrebas l'Urubamba charrie a grandes eaux et gronde fort. Plus loin, un grand pont de fer rouille qui ne tient on ne sait comment (peut-etre par un grand mystere et deux piquets tout droits).

Aguas Calientes - horrible - une ville completement artificielle cree pour accueillir les touristes avant l'ascension du Machu Picchu. Nous ne nous y sentons pas a l'aise. Et puis c'est ici, suite a une mauvaise manipulation du clavier ordinateur que nous vidons completement notre cle USB ou sont stockees nos photos. Heureusement Christelle a ramene en France une sauvegarde de celles-ci et il nous en reste une partie sur les cartes memoires de l'appareil photo. La cerise sur le gateau, les tarifs d'entree pour le Machu Picchu ont triple en deux ans, 60 soles pour les etudiants, 120 soles pour les autres (respectivement 15 et 30 euros !). D'habitude Levana reussi toujours a passer pour une etudiante, mais cette fois cela n'a pas fonctionne. Pour oublier nous avons passe notre apres-midi dans un bar de la gare a broyer du noir ... Le lendemain, nous partons avec les lampes torches pour le Machu Picchu des 4 heures du matin. D'emblee nous sommes oppressees par l'atmosphere humide, il fait chaud. Nous marchons lentement comme nous l'avons appris lors de notre excursion au Misti. Le chemin est ammenage par une serie de marches hautes a gravir. On arrive deux heures plus tard, trempees, a l'entree du site. Le jour se leve, mais la brume est toujours persistante, on devine a peine les monts qui font face au Machu Picchu.
Nous sommes parmi les premieres, ce qui nous permet de commencer la visite du site tranquillement. L'ambiance est assez enigmatique, nous decouvrons petit a petit le site car il est recouvert par un epais brouillard et chacune des constructions se revele a notre approche. Nous furetons dans tous les recoins a la recherche de petits details.

Vers 9 heures, le ciel commence a se degager, les touristes arrivent en masse, nous sommes au pied de la maison du gardien et nous dominons l'ensemble du site - magnifique.
Petit moment de repis avant le chemin du retour. Machu Picchu - centrale hydroelectrique en une seule traite. Nous arrivons pour le dejeuner.
Nous prenons ensuite un combi pour Santa Maria ou nous dormons une nuit. Nous partageons la chambre avec Brisa, une chilienne bien rigolote. Le retour a Cuzco se fait en bus, la routine. Les memes obstacles qu'a l'aller avec juste en prime une roue crevee a changer. On est bien contente de retrouver Cuzco et de prendre enfin une bonne douche ... meme froide !